
Conte d'une mandragore
On peut lire beaucoup de choses sur la mandragore qu’il s’agisse de son histoire, de ses propriétés médicinales ou encore magiques. Pour ma part, j’aime aller au-delà des écrits pour faire ma propre expérience d’un message délivré par une plante. Je vous livre donc ici mon vécu, qui n’est pas à voir comme la vérité mais simplement comme ma vérité, que je complète avec un conte inspiré par la plante pour faciliter la compréhension.
Comment elle a souhaité communiquer avec moi :
Alors que j’entre en communication avec la mandragore grâce à une photo, mes yeux paraissent justement grossir, souhaitant sortir de leurs orbites comme pour mieux voir encore, observer tout ce qui m’entoure qu’il s’agisse de cette dimension ou d’autres plus subtiles. C’est comme si je disposais de petites ailes pour m’élever, aller butiner un peu partout, acquérir un savoir dont je ne dispose pas encore.
Elle m’invite à me nourrir de sa présence et j’éprouve alors une attirance folle pour ce savoir qu’elle met à ma disposition, à la fois subtil et tellement naturel, comme une abeille est attirée par le pollen sans trop savoir pourquoi. Alors je me laisse faire et poursuis mon dialogue.
Ma gorge se serre à la façon dont j’aurai à me préparer pour chanter un son que je ne connais pas encore. Mais avant que je ne continue, l’envie de vomir se pointe, un besoin d’expulser ce qui entrave ce son qui voudrait sortir mais n’y arrive pas encore. Pour avancer, il me faut accepter que le son soit reçu par l’extérieur, une nécessité d’acceptation de soi et de lâcher-prise pour qu’il n’y ait plus à devoir oser se lancer mais que l’acte d’expression devienne naturel. Il faut donc se sentir en paix avec soi, dans cet espace de liberté intérieur où l’on n’a rien à cacher de soi, afin de donner à voir librement de qui on est au fond. D’ailleurs, elle ne me laisse pas vraiment le choix car tant que je ne suis pas arrivée à ce stade, rien ne sort. Je laisse donc le son primordial entrer en moi et mes oreilles bourdonnent tant que je ne laisse pas s’installer tranquillement une belle fluidité dans cette communication subtile entre extérieur et intérieur pour que la circulation se fasse librement.
Cette étape passée, la mandragore n’agit alors sur le corps physique que pour venir toucher l’âme par le cœur. En quelque sorte, elle ajuste les corps physique, émotionnel et spirituel pour qu’ils puissent jouer harmonieusement le chant de l’âme, une mélodie alliant le son et le mouvement propre à la vie terrestre que chacun doit mener. Une invitation à être pleinement vivant dans l’amour de l’incarnation.
Le conte inspiré par la mandragore :
Mathieu est instituteur dans une classe de primaire d’une dizaine d’élèves. Tous les matins, à leur arrivée, il sort son instrument de musique préféré, une petite flûte qui a traversé les générations de sa famille. Il entame alors une mélodie durant cinq minutes où les enfants sont invités à danser comme ils le souhaitent. Cet épisode n’a d’autre objectif que de célébrer le début de la journée, se dire bonjour autrement, et s’oublier dans le mouvement pour libérer un peu de créativité pour la journée qu’ils vont passer ensemble. Les enfants se sont vite habitués à cette coutume.
Mais il faut ensuite reprendre le cours normal de l’enseignement et les enfants quittent à regret le délice de cet instant. Surtout Kévin, un petit garçon un peu timide, pour qui s’est devenu un peu plus qu’une coutume. Il trouve dans cette pratique une liberté d’être lui-même qui le rend complètement joyeux. Alors quand il faut se mettre à la leçon sur les additions, c’est une autre affaire. Quand il est face à sa feuille de calcul, les chiffres se baladent en l’air autour de lui. Il comprend chacun d’eux dans leur forme, ce qu’ils dégagent et comment ils résonnent avec sa compréhension du monde. Et pourtant il ne comprend pas pourquoi il faudrait les plier à des formules, les faire entrer dans un cadre restreint alors qu’ils sont pour lui un ouverture sur le monde.
Le petit garçon ne parvient pas à résoudre sa série d’additions et Mathieu s’en rend bien compte. Ce dernier a une idée un peu décalée. Il écrit en gros sur des feuilles séparées chaque nombre entier, invite les enfants à choisir celui qui leur parle le plus et à marcher dans la classe avec la feuille placée devant eux. A l’image d’un jeu, quand il donnera l’addition, ils devront sortir de leur balade pour se placer en ligne, créer la formule et le résultat selon ce que leur dira Kévin puisque c’est à lui de résoudre l’énigme. Le jeu est lancé et les élèves déambulent avec leur papier sur le ventre quand Mathieu donne l’énigme.
Kévin, tout d’abord un peu décontenancé, se rend compte que le fait de voir les élèves marcher rend les chiffres plus concrets, ça se bouscule moins dans sa tête. Il parvient alors à poser l’addition, c’est déjà pas mal. Alors qu’il voit ses camarades devant lui avec leur chiffre, il comprend pourquoi ils ont choisi ce chiffre, ce n’est pas un hasard. Et petit à petit, il s’amuse à imaginer ce qu’il adviendrait si ses deux copains n’étaient qu’une seule personne. Il lui vient alors le résultat de l’addition et invite “l’élève résultat” à prendre place au bout de la ligne. A cet instant, il se dit que ce résultat n’est pas supérieur aux deux autres, il est juste un autre chiffre qui vient faire sens avec ce qui était déjà existant. Une sorte de nouvelle entité qui poursuit l’évolution en cours.
Depuis ce jour, Kévin ne voit plus les mathématiques comme un cadre rigide mais bien comme une discipline faisant jouer l’intuition des formes vers une création réaliste du monde qu’on a envie de créer !
