L'iris, paradoxe et mystère

L'iris, paradoxe et mystère

18.06.2025

Le monde des plantes est très particulier. On peut parler d’une plante comme on parle d’un parfum. Tout comme notre odorat décèle dans celui-ci des notes de fond, de cœur et de tête, chaque essence détient des qualités fondamentales, émotionnelles et plus éthérées qui la pousse à se réveiller en nous sous cette forme lorsqu’on prend la peine de communiquer et d’échanger avec.

A l’aube du solstice de ce 21 juin 2025, j’aimerai vous partager la façon dont l’iris s’est présentée à moi comme une offrande à ce point de bascule qu’est le rayonnement puissant de l’été.

Son approche est chirurgicale et chaque détail prend une dimension fondamentale. Il devient un reflet infinitésimal, une petite cellule du grand Tout, à la fois une parcelle et l’Univers en même temps. Cette plante révèle ici le paradoxe qui met face au mystère de sentir dans chaque cellule le monde infini qui nous entoure. Nous devenons ce monde.

Si on regarde sa fleur sublime, on est aspiré par sa gorge énigmatique qui emmène très vite à ses racines, au cœur de son système. Et tous les repères habituels deviennent d’un coup inversés, voyageant ainsi jusqu’au centre de la Terre à l’envers de notre posture habituelle. Au bout du voyage, un point. Le point d’observation du macrocosme par le microcosme. Tout et son contraire en même temps.

Plante magique par excellence, elle agit au cœur de la matière pour ouvrir un champ tellement large que la matière renvoie à l’antimatière. Elle évoque Pluton qui, du haut de sa sagesse lointaine, efface les vérités surfaites pour introduire la vérité perdue. Elle appuie sur le bouton Reset pour obliger à repartir d’une feuille blanche, pour inventer une nouvelle vérité basée la Connaissance propice à l’évolution des choses. Elle devient une sorte de passerelle entre la mémoire et l’avenir.

Mais elle ne s’arrête pas là car son odeur suave produit un charme délicat et subtil qui emmène au pays des songes comme source universelle de la création. Elle élève l’âme pour intégrer le message que le divin est dans la nature et la nature dans le divin. En somme l’iris nous invite à expérimenter l’ancrage et la vacuité, cette nécessité de gratifier l’individualité par son accès au divin au-delà des choses connues.

Si son élément est l’eau, elle trouve son équilibre auprès des quatre éléments pour accéder aux dimensions non terrestres où subsiste le regard divin en symbiose avec notre corps qui en est le réceptacle. Par la réceptivité et l’espace spirituelle, elle ouvre donc à la transcendance tout simplement, à la joie des paroxysmes opposés où l’Amour et la création sont rois…à la prospérité.

Un conte en poésie pour s’imprégner de l’iris :

J’amorce ma chute brutale et sans fin vers la Terre.

La peur m’envahit soudain. Serait-ce donc cela le trépas ?

Pourquoi cette vacuité me semble-t-elle si délétère ?

Pourquoi ce voyage me fait-il vivre un tel fracas ?

Mais enfin la rivière est là, peut-être le calme aussi y sera.

Je me jette un peu désespérée dans ce lit bleuté,

Où je me sens à l’étroit, j’y vois tant de congénères

Qui me collent, m’oppressent, me voilà exaspérée.

Et si leur enveloppe glisse sur moi comme un repère

Je ne me sens pas encore prête à m’y mêler.

Voilà que la pression augmente, nous sommes agglutinés,

Tels des vers de terre entassés en quête d’aération,

Ce n’est qu’une nouvelle chute, une autre perdition…

Mais cette fois, de l’océan nous sommes les invités,

Et je retrouve enfin l’espace de m’écarquiller.

Ici, tout est grand, je me sens à mon aise, en plein émoi,

Les congénères gardent une distance adaptée, je suis moi.

Je circule, me frotte à ce qui m’entoure avec plaisir,

Le requin m’accueille en antre et du corail je suis l’enveloppe.

De cela, je garde une empreinte, je me nourris et me développe.

La température augmente à mesure de mon excursion,

Mon écrin hermétique d’alors se désagrège, curieuse sensation,

Le soleil apparait tel un dieu libérateur de ce fardeau

Je me dissous, retire ma cape un peu lourde de matière

Et prends l’envol céleste, dénué de contraintes terrestres.

Alors que je retrouve l’épaisse couverture nuageuse,

Réminiscence d’une vie passée, je suis songeuse.

J’éprouve un retour aux sources, un terrain familier,

Dont je sais qu’il se reproduira à tout jamais.”

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