
Le pavot d’Orient, la fleur qui ouvre les portes de l’âme
Perché à plus d’un mètre de hauteur, le pavot d’Orient, qu’on nomme aussi pavot à opium ou encore pavot somnifère, s’habille d’une réputation sulfureuse depuis son utilisation remontant au néolithique. On connait ses bienfaits autant que ses méfaits sur l’humanité mais ses propriétés spirituelles pourraient bien nous indiquer une voie de guérison collective si nous prenions le temps de communiquer avec elle sans vouloir la consommer, pour le plaisir de l’échange et de l’introspection qui en découle. Il s’agit donc là d’une ode en faveur de l’apprentissage à la communication au vivant comme voie d’éveil possible mais aussi pour libérer ces plantes vivant sous le joug de l’addiction des Hommes.

Déjà utilisée par les Sumériens (4000 avant notre ère), ils nommaient le pavot d’Orient « plante de la joie » et l’utilisaient dans leurs rites funéraires.
Originaire de l’est de la méditerranée, le pavot d’Orient se distingue parmi une centaine d’espèces. C’est sous Alexandre le Grand qu’elle fait son entrée en médecine occidentale mais aussi comme drogue récréative. Ce sont les grosses capsules qui contiennent un latex laiteux riche en alcaloïdes qui donnera au XIXème siècle la morphine, la codéine puis par extraction des molécules l’héroïne.
En Egypte ancienne, on retrouve des traces écrites de présence de l’opium l’intégrant à des recettes de remèdes ou dans leurs rites notamment pour faciliter le voyage vers l’au-delà.
Message de la fleur à travers la communication
Le début d’une telle communication laisse bien sûr place à la détente et à la somnolence, ses propriétés majeures. Mais on perd très vite l’usage des cinq sens humains pour rejoindre d’autres réalités comme savent très bien le faire les plantes hallucinogènes. On comprend mieux l’addiction possible à vouloir retrouver cet état éthéré où le quotidien terrestre s’efface si l’on n’y prend pas garde et que l’on ne communique pas avec parcimonie, sans vouloir se saisir du pouvoir de la plante. Une invitation au détachement pour ainsi dire.
Après cette phase un peu euphorique, le pavot nous fait plonger au cœur de nos peurs profondes, celles qu’on aurait tant aimé avoir oublié. Impossible alors de se libérer de ces fardeaux tant qu’ils ne seront pas observés, assumés puis intégrés face à ce miroir qu’elle nous offre, celui du cheminement de notre âme à travers les vies passées. Ce faisant, un point se dresse face à soi, une cible qu’il convient de regarder fixement sans dévier le regard. Ce point devient une ancre, un trésor à chérir en ce lieu où la dualité s’efface, où rien n’a d’importance que l’amour en toute chose, que les expériences vécues soient agréables ou désagréables. Car cet amour est libre, équanime, dénué d’émotions ou de sentiments. Il est une simple énergie créatrice se propageant à travers les mondes sans distinction des êtres qu’il traverse. A son contact, on vit la singularité comme on s’en détache pour vivre la communauté au sens large.
Ainsi le pavot d’Orient permet de vivre l’amour au-delà de l’accaparement pour qu’il soit vécu dans l’ombre comme dans la lumière, nourrissant ainsi une perspective d’apprentissage perpétuel de la liberté d’être en chaque instant.
Dans le conte qui suit, ne cherchez pas à analyser les mots ou la logique mais laissez-vous juste traversé par ce qui est là pour vous à la sortie. Il n’y a que vous pour savoir comment l’amour s’est manifesté vu par votre âme.
Conte initiatique
Arnaud est un pêcheur professionnel de longue date, de ceux qui sont nés avec la mer pour compagne et ne peuvent s’en détacher. Son fils Jules aime tout autant la grande bleue mais ne souhaite pas y faire son métier tant il voit son père se fatiguer à la tâche sans rien dire, par amour du métier soi-disant.
Ce soir-là, Arnaud aimerait convaincre son fils des beaux aspects de son travail pour qu’il reprenne l’affaire et lui propose une pêche au crabe de nuit. Jules accepte par amusement mais aussi parce qu’il aime beaucoup observer la mer à la nuit tombée.
Ils prennent donc joyeusement le départ par l’embouchure du port où deux grands phares rouges accompagnent leur sortie vers une mer bien calme, tels deux grands yeux guidant chaque pêcheur vers son destin.
Arnaud est ravi, tout se passe bien pour l’instant. Ils profitent du calme pour installer et immerger les casiers à crabe qui serviront à la levée demain matin tout en imaginant savourer tranquillement leur soirée. Mais alors qu’ils préparaient leur repas, Arnaud entend le vent monter et sort dehors inspecter la météo. Jules qui le rejoint, observe au loin une grande masse noire dont il sait bien ce qu’il va advenir. Mais avant même qu’ils aient pu remballer, l’orage est déjà là qui les assaille d’un coup. Dans la torpeur, Arnaud tombe du bateau laissant Jules à son triste sort qui n’a d’autre moyen que d’appeler comme il peut les garde-côtes pour se faire remorquer. A son arrivée, le jour se lève et l’épouvante saisit le jeune homme à la découverte de son père mort dans un casier à crabe.
Horrifié, la rage le met dans un état second. A présent non seulement il n’allait certainement pas reprendre l’affaire, mais en plus il allait la vendre au plus vite après les funérailles. La cérémonie eut lieu et Jules, à peine sorti du cimetière, retourne au bateau pour débarrasser les affaires de son père. Il s’approche du tableau de bord pour une dernière vérification et son regard tombe sur un objet suspendu au-dessus du gouvernail qu’il n’avait jamais vu.
Il s’agit d’un petit hippocampe doré aux yeux d’émeraude et une boussole est incrustée à la place de l’abdomen. Jules observe longuement le bijou dont les yeux lui rappellent subitement les deux phares du port. Quant à la boussole, qui n’y verrait pas le symbole d’une ancre permanente comme le cœur de son père pouvait l’être à sa mer chérie. A cet instant, il comprit que le métier de son père n’était pas un sacrifice comme il avait pu le penser jusque-là. Arnaud ne travaillait pas et n’avait pas de métier en réalité. Il vivait chaque jour avec la mer tout simplement pour se sentir vivant, présent à sa tâche auprès de ce qu’il aimait.
Le fameux déclic tant attendu par son père opéra car Jules décida alors de reprendre l’affaire familiale. Non pas parce que son père lui avait demandé mais parce qu’il aimait la mer et chaque journée il pourrait retrouver l’amour et la présence de son père à ses côtés.
Quelques clés d’interprétation
- La présence du crabe nous immerge dans le cycle de la vie et de la mort comme voie de transformation grâce à la transmission naturelle du père au fils
- Le chiffre deux (les phares et les yeux du bijou) nous plonge dans la dualité de l’incarnation mais nous la fait traverser pour aller au-delà de son illusion
- Parfois nous perdons le nord à trop laisser réagir l’ego mais la boussole recentre les corps vers le cœur, seul outil à pouvoir transcender les illusions par l’amour universel
J’espère que cette plante vous aura fait vibrer autant que moi.
